Dans notre cher pays, très souvent, trop souvent, on est jugé avant tout sur nos origines ethniques, plutôt que sur notre propre personne/personnalité.

Il y’a une 2/3 semaines, j’avais tranquillement pris un « benam » (oui je sais j’aime trop les « benam »). Je faisais un petit détour avant d’arriver à la maison (oui je sais je suis toujours entrain de faire les détours), lorsque le chauffeur a failli écraser un vendeur à la sauvette qui traversait la route avec hésitation. Pendant qu’on esquivait le vendeur, voilà le « benskineur » qui lâche: « Quitte en route Mbouda!!! ». Euye!

Je me suis retourné pour regarder le vendeur en question… Noir, sale (sûrement dû à une longue et difficile journée de marche), deux bras, deux pieds, une tête, un nez épaté…. En fait rien qui sorte de l’ordinaire. J’ai même vérifié sa démarche pour voir s’il y’avait un truc en particulier. Rien. Je finis donc par demander au benskineur « Comment tu sais qu’il est Mbouda? ». Honnêtement la réponse qu’il m’a donnée était… No comment… « Je sais qu’il est Mbouda! Est ce qu’à Mbouda il y’a la route? ».

Euh… Si vous attendez autre chose, n’attendez plus parce que c’est tout! En gros, pour notre ami benskineur il n’y a pas de route à Mbouda (ce dont je doute), ce qui fait que les Mbouda ont du mal à traverser la route. Comme le vendeur a du mal à traverser la route, il est Mbouda… Comme dirait un célèbre enquêteur chinois « Élémentaire mon cher Jackie Chan! ».

On peut en rigoler, mais dans la réalité ce type de raisonnement est plus répandu qu’on ne le pense. Beaucoup de nos compatriotes souffrent de ce que j’appelle le « syndrome de la généralisation ». En gros c’est une maladie qui se manifeste par une tendance à généraliser le comportement d’un individu bien particulier, à tous ceux de sa famille, de son quartier, de sa classe, de son école, de son village, de son département, de son arrondissement, de son secteur, bref tout ce qui peut symboliser un regroupement quelconque! Dans le dictionnaire, ça porte le nom de « Stéréotype ». Qui n’a pas encore entendu un de ses proches dire « Les Beti sont comme ci… », « Les Bangangté sont comme ça… » et j’en passe.

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Qui sont les plus atteints par ce « syndrome »? Nos parents évidemment! Je suis certain que personne n’est surpris. Normal, nous avons tous déjà eu droit à un interrogatoire sur les origines de notre partenaire ou un sermon sur les gens de tel ou tel tribu. Demandez aux couples « mixtes », qui doivent parfois faire avec cette réalité au quotidien et ils vous diront. Nos sœurs et Dieu seuls savent combien de mariages sont morts avant même d’avoir commencé à cause de ces préjugés. Ça a atteint un niveau tel que, dès que tu commences à draguer certaines filles, parmi les questions du premier jour tu as droit à un « Tu es d’où?’. En même temps, j’imagine que ces filles voient le mal venir de très très très loin, et préfèrent anticiper. Résultat, tu as beau être David Beckham, si tu n’es pas du « bon village », ça peut ne pas suffire.

Bien entendu, c’est dommage tout ça. On ne prend pas la peine de connaître quelqu’un, on déduit  anticipe sur son comportement à partir de clichés… Minable! C’est d’autant plus minable que la personne qu’on mélange à d’autres, n’a souvent comme seul point commun que « le village », sinon pour le reste, c’est souvent quelqu’un qui va même au village en question une fois tous les ans (et encore c’est quand il y’a deuil), qui ne sait même pas souvent parler son « patois » et qui ne connait même pas la moindre petite tradition.

Heureusement nous la génération 3.2 qui avons grandi dans un certain brassage culturel grâce au développement des villes, à la réduction des distances, à la télévision, à Internet, etc, etc… avons consciemment ou inconsciemment ralenti le phénomène. Avec nos proches, nous formons tous des « Cameroun en miniature » où on retrouve un mélange d’ethnies, de cultures, sans préjugés, aucun… Nous nous définissons avant tout par notre attitude, notre comportement, nos passions communes ou nos désaccords, et non pas le « là d’où nous sommes sensés venir ».

D’ailleurs en ce qui me concerne, j’avoue ne pas connaitre « le village » de 90% de mes amis, et je ne m’en porte pas plus mal. 🙂
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© Ecovox n° 41 Janvier-Juin 2009

 

Mon frère moi même je sais que quoi?

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11 commentaires

  1. j’aime le sujet, d’autant plus que personnellement, j’en ai fait les frais comme…tous les camerounais évidement!
    et demain, nous serons à premiers à crier au racisme et à la xénophobie, parlant des occidentaux.
    Heureux ceux d’aujourd’hui, et encore plus ceux de demain qui, du fait du brassage des peuples et du partage d’un vécu commun, au delà des clivages tribaux, sauront devenir comme disait René Philombe, « L’Homme qui te ressemble »

    Promis, de nouvelles tribus naissent, de nouveaux conquérants arrivent, au nombre desquels la tribu 2.0, celle qui a pour village la planète, et pour arme la Toile, qu’elle essaye tant bien que mal d’utiliser pour « humaniser » ceux qui encore demandent à savoir nos appartenances ethniques, mais oublient d’interroger le docteur qui les opère, le taximan qui les porte, le pilote qui les emmène en l’air, de quel village il est, avant d’accepter son service.

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    1. Eh oui Biks, ce que tu dis est entièrement et totalement vrai. Je pense que tout part du fait que nos parents, surtout nos grands et arrière grand parents ont vécu une époque où c’était vraiment chacun son village, donc on avait beau être de la même province, du même pays, les autres étaient perçus avant tout comme des étrangers. S’il y’avait pas eu la ville, on y serait encore embourbé!

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  2. Ca me rappelle que j’ai un chéri coco, moi je savais même pas qu’il était de Batié, jusqu’à ce qu’un jour, il fasse les choses net net comme les gars de Batié… Là ça m’a un peu effrayé quand même de savoir que la qualité de gars là sort d’un village camerounais… Comme quoi il vaut toujours mieux demander.

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  3. Bon article le Tchoupi. Mais souvent certains de nos confrères de notre génération réagissent de la même manière que nos parents. Comme quoi les stéréotypes ont de beaux jours devant eux. Et c’est d’autant plus troublant que lorsque tu dis de quel région tu es tout de suite les attitudes changent. On te dit ce qui est permis ou pas pour toi lol. ça me fait souvent bien marrer. Vive le métissage coe le gag posté.

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