Lettre d’un Camerounais à son Cinéma: Mea Culpa

Cher Cinéma Camerounais,

Si je me décide à te faire ce courrier, c’est certes parce que Claudia m’a quelque peu forcé la main (#theblogcontest), mais aussi et surtout parce que j’ai réalisé que je te devais des excuses.

Depuis quelques années, je te vois te débattre tant bien que mal et je réalise que si tu as autant de difficultés à t’en sortir c’est parce que des camerounais tels que moi ne font rien pour t’aider. Pourtant à l’époque, les EssolaOncle Otsama, et autres Ta’a Zibi se sont battus de toutes leurs forces pour te tirer vers le haut. « L’étoile de Noudi« , « Japhet et Jinette« , « Le retraité« , « Sango Malo« , « Quartier mozart« … sango maloJ’ai honte d’avouer qu’ il y’a pas longtemps, voilà à quoi se résumaient mes souvenirs de toi. Pourtant, comme mes compatriotes, j’étais un fervent adepte de toutes tes œuvres que diffusait régulièrement la CRTV. Dès que CFI, 2M et Canal+ Horizons ont pointé leurs nez, je t’ai lâchement tourné le dos.

Comme si, zapper la CRTV ne suffisait pas, j’ai décidé de m’attaquer à l’autre moyen de diffusion qui te restait : les salles de cinéma. Déjà, je t’avoue que, je n’ai jamais payé pour voir un film camerounais ! C’était plus facile d’inviter des petites voir des œuvres de James Cameron ou Woody Allen plutôt que celles de Bassek Ba Kobio ou Jean Pierre Bekolo (en plus c’était plus sexy). Et encore, dès qu’Internet s’est vulgarisé, j’ai commencé à chercher les raccourcis, me « servant » plutôt chez mes amis, quand je ne faisais pas les téléchargements moi-même. Oui, j’ai favorisé le développement de la piraterie. Je suis de ceux-là qui ont indirectement, aider le Berlitz, le Paradis, l’Abbia et le Wouri à mettre la clé sous le paillasson. Je n’en suis pas très fier. Quelques fois quand je passe à Akwa devant ce qu’il reste du cinéma le Wouri, je me dis  « Que c’était stupide ! ».  J’imagine le coup dur que ça a dû être pour toi… A vrai dire, pour moi aussi…  J’ai un petit pincement au cœur quand j’arrive dans un pays et je tombe sur une salle de ciné… Regrets éternels…

Mais de toi à moi, j’ai toujours eu un gros faible pour les films d’action ! A force de voir Bruce Willis sauter des avions dans la saga Die Hard, ou Tom Cruise m’emporter dans des scènes d’actions époustouflantes dans Mission Impossible, j’ai commencé à être un peu plus exigeant avec toi. Je l’ai été encore plus lorsque j’ai vu quelques films nigérians : belles voitures, villas de rêve, des combats…. Toutes ces choses que je ne vois que très rarement chez toi. Je me disais, celui- là, s’il ne tourne pas de scènes au village, où ne parle pas de sorcellerie alors, il ne peut pas faire de films. Je t’en voulais dur comme fer pour ça. Puis vint ce jour où dans un embouteillage à Ndokoti, je vis une bande annonce : « Les frères d’Arme 3 » ! Une fois au bureau, je me précipitais sur Google et découvris avec honte que je t’avais, à tort, accusé de manquer d’ambitions. Je compris que ce n’était pas la volonté qui t’avait manqué de satisfaire mes attentes, mais les moyens. Si je m’étais engagé à aller en salle apprécier le fruit de ton travail, si je t’avais encouragé en achetant normalement les CDS et les DVD, tu aurais eu les moyens de faire mieux !

J’aurais eu droit à de meilleures qualités d’image, à de meilleurs effets spéciaux, à une meilleure bande son, à des cadres de tournage soignés…. Oui, je t’aurais permis de rêver plus grand !

Mea culpa cinéma camerounais.

Malgré tout ça, tu as fait honneur à notre qualificatif d’ «indomptable » ; parce qu’indomptable tu es! Mon abandon ne t’a pas empêché dele-blanc-d-eyenga-thierry-ntamack-septembre-2012 continuer à te battre. Avec les moyens de bord, tu as continué à travailler et avancer : « Paris à tout prix », « Le blanc d’Eyenga », « W.A.K.A »! Tu as continué à faire naître des vocations et éclore des talents Thomas N’gijol, Patricia Bakalack… J’y ajouterais même les faiseurs de choses. Tu as décidé d’aller de l’avant en nouant un partenariat avec Nollywood et Ghallywood pour tirer profit de l’expérience des nigérians et des ghanéens. Non, tu ne t’es pas laissé aller, comme si tu savais que comme le fils prodigue, tôt ou tard, je rentrerai à la maison.

Tchana Pierre a raison, « il n’est jamais trop tard« . Les fans de Liverpool, ont l’habitude de chanter, « you’ll never walk alone », moi je te dis, je te promets, je te le crie « you’ll never walk alone anymore ». La suite de ton histoire se fera avec moi.

J’espère avoir de tes nouvelles très bientôt mon cher. D’ici là, fais attention à toi.

Un Camerounais

PS: Hello y’all!! N’oubliez pas que c’est #theblogcontest, donc faites un tour sur les blogs de Armelle, Elie, Dani, Teclaire, Bikanda et William pour découvrir leurs textes sur le thème de ce mois! Thx d’avance!! 😉

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