Les Panthères sont dehors! (n°2)

L’une des actualités qui fait le buzz ces derniers temps est celle du « héros » Mamadou Gassama qui a mis au service du bien, ses talents de bandit… Euh de grimpeur pour sauver un enfant tout aussi héroïque de 4 ans qui a réussi à s’accrocher au balcon tout ce temps. C’est clair que si j’étais à sa place, Mamadou n’aurait pas eu le temps d’arriver là haut, je serai tombé depuuiiiiissss! Ceci dit, ce n’est pas pour me vanter, mais moi aussi j’ai très souvent fait preuve d’héroïsme dans cette ville (Douala) reconnue pour son hostilité.

Rappelons le contexte.

Tout ceci commence il y’a longtemps. J’étais alors un jeune ado, qui devait jongler avec un budget serré pour quitter chaque jour de Logpom à Akwa où je faisais mon secondaire. Quand mes parents pouvaient ils me déposaient, sinon je prenais le taxi comme tout le monde. A cette époque Logpom n’était pas la destination prisée d’aujourd’hui et souvent il fallait marcher jusqu’à Rhône Poulenc Makepe. Heureusement dans le quartier il y’avait de nombreux « bons samaritains » qui à défaut de me déposer directement au collège, me raccourcissaient souvent le chemin. Pour eux ce n’était rien, pour moi c’était tout.

Une dizaine d’années plus tard, j’avais enfin ma première voiture! L’occasion de tacler plus facilement… Euh de rendre la pareille à mes semblables. Sauf que dans ce pays…

Bref c’était un samedi. A l’époque je travaillais sur un projet. Ce jour là, après une longue et rude journée, j’avais proposé de raccompagner du côté de Yassa, le DAF de mon client (donc celui qui devait signer ma facture), qui par ailleurs avait eu un problème de dernière minute avec son véhicule. Il était à peu près 20h quand nous sommes arrivés, chez lui. Honnêtement quand tu vois les villas qu’il y’avait sur les 2 kilomètres qui séparaient son domicile de la route… Tu te dis qu’il y’en a qui ont raison de vouloir que Popol reste prési à vie. D’ailleurs, c’est d’une de ces villas qu’est sortie une mataire…

En effet, j’étais sur le chemin du retour lorsque je l’ai vu de loin sortir d’un duplex avec un ado qui devait avoir entre 15 et 18 ans. La mataire m’interpelle et me demande tout gentiment si je peux la laisser en route. Naturellement, en gentil garçon que je suis – je ne dis pas ça pour me lancer les fleurs – j’ai accepté. Elle a dit au jeune homme que ce n’était plus nécessaire de l’accompagner. Les gens qui veulent déjà dire, tu es courageux hein! A Douala? Tu portes quelqu’un que tu ne connais pas à 20h30? Vous avez raison, non seulement je suis extrêmement courageux (comme Mamadou), mais j’ai aussi un cœur grand comme çaaaaaaa (comme Mamadou).

Une fois installée, verrouillage centralisé des portières. Je suis courageux mais pas fou et oui j’ai le verrouillage centralisé! Alors que je me démenais tant que mal sur la route non bitumée pour sortir du quartier. La mataire entame la discussion:

  • Elle: Tu sors d’où comme ça?
  • Moi: J’étais chez un ami.
  • Elle: Tard comme ça ?
  • Moi: Il n’est que 20h.
  • Elle: Et là, tu vas où ?
  • Moi: Je rentre chez moi.
  • Elle: Tu habites où?
  • Moi (méfiant): Kotto (En fait j’habitais à Logpom).

Puis il y’a eu un moment de silence. J’ai profité pour augmenter le volume de la musique. Arrivé (enfin) en route,

  • Moi: Nous y sommes!
  • Elle: Tu n’arrives pas à Ndokoti?
  • Moi: Non.
  • Elle: Mais tu ne passes pas par Ndokoti pour aller à Kotto?
  • Moi: Non, je vais passer par PK10.
  • Elle: Mais tu peux passer par Ndokoti non?
  • Moi: Non.
  • Elle: Tu peux me laisser au carrefour de Nyala?
  • Moi: Ok.

J’ai redémarré mais en mode, « ça c’est quelle malchance ça?« . Et encore ça ne faisait que commencer. J’écoutais tranquillement ma musique lorsque…

  • Elle (en mode voix mignonne):  Tu sais que j’ai le permis…
  • Moi (dans le cœur): Euye!
  • Elle (essayant de poser ses mains sur le volant): Chéri tu ne me laisses pas un peu conduire?
  • Moi: NON!!!!
  • Elle (essayant toujours de poser ses mains sur le volant): Laisse moi un peu conduire non… Je te dis que j’ai le permis!
  • Moi: NON, je suis déjà entrain de conduire!
  • Moi (dans le cœur): Ça ce n’est pas la sorcellerie ça? Comment une mataire peut faire les choses comme ça?

Je me suis mis à l’observer du coin de l’oeil. Ce n’était finalement pas une mataire comme j’avais cru le voir dans le noir. A première vue, elle semblait avoir la cinquantaine, mais en y regardant de plus près elle devait approcher la quarantaine. Dans tous les cas, dans son kaba elle semblait quand même bien plus âgée que moi! Et en plus elle était loin d’être une Pamela Anderson.

Arrivé au carrefour Nyalla, j’ai garé:

  • Moi: On est arrivé.
  • Elle: Chéri, tu vas me laisser ici? Amène moi à Ndokoti non?
  • Moi: Non.
  • Elle: Pourquoi tu es dur comme ça?
  • Moi: Je ne vais pas à Ndokoti.
  • Elle: Tu es sévère hein! Tu as peur de quoi?
  • Moi: De rien, mais je ne vais pas à Ndokoti.
  • Elle: Je ne connais pas le carrefour ci, et si en traversant ici on m’agresse.
  • Moi (dans le coeur): C’est moi qui t’ai amené à Douala? On n’a qu’à t’agresser balock!
  • Moi: On ne va pas t’agresser, traverses juste, tu te places de l’autre côté et tu trouveras le taxi.
  • Elle: Tu vas faire quoi chez toi?
  • Moi: Dormir.
  • Elle: On va prendre un pot d’abord?
  • Moi: Non, je suis fatigué.
  • Elle: Ok, on y va demain?
  • Moi: Ok demain!
  • Elle: On va se voir demain comment? Tu ne prends pas mon numéro?
  • Moi: Mon téléphone est éteint. Note ton numéro sur un papier tu me donnes.
  • Elle (en notant son numéro sur un bout de papier): Ok chéri. Tu vas m’aider à récupérer mon téléphone demain?
  • Moi (incrédule): Hein?
  • Elle: Mon téléphone est en panne, donc j’ai laissé chez le réparateur. Le téléphone que j’utilise là (elle sort un petit téléphone non-android), c’est pour ma soeur.
  • Moi (dans le coeur): Tu es en France avec tous tes papiers!
  • Moi: Ok.
  • Elle: Tu dis ok, mais tu ne me demandes pas combien ça coûte?
  • Moi: Tu vas me dire demain quand on va se voir.
  • Elle: Mais chéri tu es sévère hein! Mais j’aime ça.
  • Moi (dans le coeur): Wandafull palaba!
  • Moi: Il faut vraiment que j’y aille, je dois bosser demain
  • Elle: Dimanche?
  • Moi: Oui, je travaille au pressing!
  • Elle (descendant enfin de la voiture): Ok, j’attends ton coup de fil demain!
  • Moi: Sans fautes!

Voilà comment, en voulant jouer au bon samaritain, ça a failli cuire sur moi. Si j’étais un opportuniste, n’est ce pas j’allais aussi essayer de profiter? Mais, comme je suis un gars sérieusement sérieux, j’ai moi fui. D’ailleurs depuis ce jour, le « bon samaritanisme » a diminué sur moi. S’il ne fait pas jour, si je ne te connais pas, et si tu ne ressembles pas à Alicia Keys, même si tu te places devant moi, je te cogne seulement et je fuis!

Xstian Tchoupi

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